Du rôle de l'Europe au réveil religieux: pour le pape Léon XIV

En un peu plus d'un an de pontificat, c'est le deuxième voyage de Léon XIV dans un grand pays européen. Après l'Espagne, le souverain pontife se rend en France. La "fille ainée de l'Église", selon l'expression historique consacrée à partir du XVIe siècle, accueille Léon XIV du 25 au 28 septembre à Paris, Saint-Denis, Metz et Lourdes, dix-huit ans après la venue d'un autre pape, Benoit XVI. 

Mais selon Christine Pedotti, directrice de Témoignage chrétien, cette nouvelle visite d'un pape est "bien plus forte", explique la  directrice de Témoignage chrétien, revue trimestrielle catholique. Le contraste est saisissant avec le pape François, son prédécesseur. Avec Léon XIV, le Vatican se tourne à nouveau vers l'Europe. "Le pape François s'intéressait au Sud global, aux périphéries du monde. L'Europe et les pays du Nord étaient devenus une sorte de périphérie pour lui", décrit Christine Pedotti. 

Un pape plus diplomate

L'absence du pape François lors de la réouverture de Notre-Dame de Paris en décembre 2024 avait également suscité des interrogations au sein des communautés catholiques françaises. "Il y a eu une forme de frustration", confie la directrice de Témoignage Chrétien. "Léon XIV a la nationalité américaine mais il a passé une grande partie de sa vie sacerdotale au Pérou, un pays pauvre et un pays du Sud. Il a effectué une grande tournée en Afrique et il se tourne également vers l'Europe. Avec lui, le Vatican s'adresse aux pays du Sud mais aussi à l'Occident", décrit la journaliste.

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François Mabille, directeur de l'Observatoire des religions au sein de l'IRIS abonde dans le même sens. "Le pape François était un pape jésuite qui insistait beaucoup sur la question de la pauvreté. Il mettait l'accent sur les fractures sociales de la mondialisation. Et dans cette optique-là, le pape portait toute son attention aux régions du monde périphériques, victimes selon lui des effets de la mondialisation. Les pays du Nord et notamment l'Europe étaient aux yeux du pape François responsables de cette mondialisation, des fractures sociales entre le Nord et le Sud. Le pape François qui était un pape que l'on pourrait qualifier de "protestataire" s'est notamment mis à dos certaines chancelleries européennes avec ses formules choc", explique François Mabille. L'approche diplomatique du tout nouveau souverain pontife est différente, selon cet expert du Vatican. 

À Metz, hommage à un père de l'Europe

"Dans ce monde violent et dur, Léon, lui, se présente surtout comme un pape des solutions qui veut parler à tout le monde. Il veut favoriser le multilatéralisme, la médiation. C'est ce que ce pape défend dans les conflits au Proche-Orient, en Iran ou en Ukraine", explique François Mabille. "C'est ainsi que dans le conflit en Ukraine, le pape a envoyé ainsi à Moscou le numéro trois du Vatican, le cardinal Paul Richard Gallagher, rencontrer les responsables politiques russes pour négocier la libération d'enfants ukrainiens", ajoute le spécialiste de la diplomatie vaticane

(Re)Lire"Faible et catastrophique": pourquoi cette violente passe d'armes entre Donald Trump et le pape Léon XIV.

"Il a besoin d'alliés et les Européens, l'Union européenne et la France sont proches des positions qu'il défend et qui sont très éloignées de celles de Donald Trump", décrit François Mabille. 

Le pape, ainsi, se rendra durant cette visite à Metz. Ce choix n'est pas anodin pour Christine Pedotti, directrice de Témoignage chrétien. "Metz c'est la ville de Robert Schuman, père de l'Europe, de la construction européenne, symbole pour le pape de la médiation et du dialogue entre les nations. Le Vatican a d'ailleurs entrepris un processus de béatification de Robert Schuman. Le pape soulignera sans doute que l'Europe a été en grande partie construite par des partis chrétiens démocrates au lendemain de la Seconde guerre mondiale", explique la journaliste spécialiste du catholicisme. Le pape doit se rendre à Scy-Chazelles, au domicile de Robert Schumann, un village à 4 kilomètres de Metz. Le père de l'Europe a été déclaré 'vénérable', dernière étape avant la béatification. 

La France et l'Europe, un enjeu d'évangélisation

Le continent européen devient également un enjeu d'évangélisation pour le pape. Selon les chiffres de la Conférence des évêques de France, plus de 21 000 adolescents et adultes vont être baptisés en 2026. Un chiffre en progression de plus de 25% chaque année depuis la crise du covid. "On constate un frémissement, un retour du religieux chez les jeunes adultes ou les adolescents. C'est suivi de très près par le Vatican", constate François Mabille. "On retrouve ce phénomène dans d'autres pays européens comme au Portugal et en Espagne. Mais cela est un phénomène beaucoup plus avancé en France", décrit François Mabille. 

"La France est allée très loin dans la sécularisation de sa société. Le catholicisme n'est plus majoritaire en France. Et donc le retour du catholicisme dans une partie de la jeunesse qui n'a pas été baptisée et qui fait la démarche en plein conscience de se faire baptiser constitue un laboratoire, un cas d'étude à suivre pour le Saint-Siège", explique de son côté Christine Pedotti, directrice de Témoignage chrétien. "Ce regain chez les adolescents et les adultes ne compense pas cependant la baisse des baptêmes des enfants par les parents", tempère la journaliste. Les baptêmes des enfants sont passés de 380 000 en l'an 2000 à 150 000 en 2024, selon des chiffres communiqués par la Conférence des évêques de France.

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